Vous venez d’être déclaré inapte par le médecin du travail et vous ne savez pas ce qui vous attend ? Ou vous êtes employeur et vous devez gérer cette situation pour la première fois ? Le licenciement pour inaptitude est l’une des procédures les plus encadrées du droit du travail français. En effet, chaque étape obéit à des règles précises, des délais stricts et des droits à l’indemnisation souvent méconnus. Ce guide vous explique tout, clairement et dans l’ordre.
Licenciement pour inaptitude : de quoi s’agit-il exactement ?

Le licenciement pour inaptitude intervient lorsqu’un salarié est déclaré inapte à son poste par le médecin du travail et que l’employeur ne peut pas (ou que le salarié ne souhaite pas) le reclasser sur un autre poste.
Ce n’est donc pas un licenciement disciplinaire. Il ne résulte d’aucune faute du salarié, ce qui a des conséquences directes sur ses droits à l’indemnisation.
L’inaptitude professionnelle ou non professionnelle : une distinction fondamentale
La loi distingue deux catégories d’inaptitude selon son origine. Cette distinction est déterminante pour le calcul des indemnités. L’inaptitude d’origine professionnelle survient à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Elle ouvre droit à une indemnité spéciale de licenciement majorée.
L’inaptitude d’origine non professionnelle survient à la suite d’une maladie ordinaire ou d’un accident de la vie privée. On calcule différemment les indemnités sont calculées sans majoration.
L’inaptitude vs invalidité : ne pas confondre les deux
L’inaptitude est prononcée par le médecin du travail et concerne la relation entre le salarié et son poste de travail spécifique. L’invalidité est décidée par le médecin conseil de la CPAM ou de la MSA et ouvre droit à une pension d’invalidité de la Sécurité sociale. Un salarié peut être déclaré invalide par la CPAM et apte par le médecin du travail (ou inversement) : les deux décisions sont indépendantes.
Quelle est la procédure de licenciement pour inaptitude étape par étape ?
La procédure de licenciement pour inaptitude est rigoureusement encadrée par le Code du travail. Le moindre manquement peut entraîner une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Comme dans d’autres domaines du droit où les droits des salariés sont en jeu, à l’image des situations évoquées dans notre article sur la diffamation sur les réseaux sociaux, la connaissance précise des règles applicables est la meilleure protection, aussi bien pour le salarié que pour l’employeur.
L’avis d’inaptitude du médecin du travail (nouveaux modèles depuis juillet 2025)
Seul le médecin du travail peut déclarer un salarié inapte. Le médecin traitant n’a pas cette compétence. L’avis est émis lors d’une visite de reprise, après consultation du dossier médical et étude des conditions de travail.
Depuis le 1er juillet 2025, de nouveaux modèles d’avis sont applicables (arrêté du 3 mars 2025). Ils précisent explicitement le caractère « exceptionnel » des deux cas qui dispensent l’employeur de rechercher un reclassement :
- « Tout maintien du salarié dans l’emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ».
- « L’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l’emploi ».
Hors ces deux mentions, l’employeur est tenu de rechercher activement un poste de reclassement. L’avis d’inaptitude est transmis au salarié et à l’employeur par tout moyen conférant une date certaine (lettre recommandée avec AR ou remise en main propre contre récépissé).
L’obligation de reclassement de l’employeur
Dès réception de l’avis d’inaptitude, l’employeur est tenu de rechercher un poste de reclassement adapté aux capacités du salarié, aussi proche que possible de son emploi précédent sur le plan de la rémunération et de la catégorie. Cette recherche est une obligation de moyen renforcé. L’employeur doit pouvoir démontrer qu’elle a été sérieuse et de bonne foi.
Si l’employeur ne peut pas proposer de poste de reclassement, il doit en informer le salarié par écrit avant de l’inviter à l’entretien préalable. Cette formalité est obligatoire. Sans elle, la procédure est irrégulière.
Un arrêt de la Cour de cassation du 22 octobre 2025 précise que si le salarié conteste la compatibilité du poste proposé avec les préconisations du médecin du travail, l’employeur doit resoumettre ce poste au médecin avant de licencier. Ne pas le faire peut entraîner une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
La consultation du CSE
Avant de proposer un poste de reclassement au salarié, l’employeur doit consulter le Comité Social et Économique (CSE). Cette consultation est obligatoire depuis la loi Travail de 2017 et doit être formalisée par écrit. Si vous ne consultez pas le CSE, c’est un délit d’entrave passible de sanctions pénales.
Exception : si l’avis d’inaptitude mentionne expressément l’une des deux formules de dispense de reclassement, la consultation du CSE sur les propositions de reclassement n’est pas obligatoire. Le nouveau modèle d’avis en vigueur depuis le 1er juillet 2025 l’indique explicitement.
L’entretien préalable et la notification du licenciement
Une fois la recherche de reclassement épuisée, l’employeur convoque le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée. L’entretien doit avoir lieu au minimum 5 jours ouvrables après la présentation de la lettre.
Lors de l’entretien, l’employeur expose les motifs du licenciement. Le salarié peut se faire assister par un membre du personnel ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur. La lettre de licenciement est ensuite notifiée par lettre recommandée avec AR, au plus tôt le lendemain de l’entretien.
Quels sont les délais légaux à respecter absolument ?
Le non-respect de ces délais a des conséquences financières directes pour l’employeur.
| Étape | Délai légal | Conséquence en cas de dépassement |
| Reclassement ou licenciement après l’avis | 1 mois à compter de l’examen médical | Reprise du versement du salaire (art. L1226-4 Code du travail) |
| Contestation de l’avis d’inaptitude | 15 jours après notification de l’avis | Forclusion (avis non contestable) |
| Convocation à l’entretien préalable | Envoi en RAR avant toute décision | Procédure irrégulière, risque prud’homal |
| Délai entre convocation et entretien | 5 jours ouvrables minimum | Procédure irrégulière |
| Notification du licenciement après entretien | Lendemain de l’entretien au plus tôt | Procédure potentiellement nulle |
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Quelles sont les indemnités dues en cas de licenciement pour inaptitude ?

Le calcul des indemnités varie selon l’origine de l’inaptitude. Voici la synthèse des droits pour les salariés en CDI.
L’inaptitude d’origine non professionnelle
Lorsque l’inaptitude résulte d’une maladie ordinaire ou d’un accident de la vie privée, le salarié perçoit les indemnités suivantes :
- L’indemnité légale (ou conventionnelle si plus favorable) de licenciement, calculée sur la base de l’ancienneté et du salaire de référence.
- Aucune indemnité compensatrice de préavis, car le contrat est rompu du fait de l’inaptitude : le préavis n’est pas exécuté ni payé en principe (sauf faute de l’employeur requalifiée par les prud’hommes).
- L’indemnité compensatrice de congés payés si des congés n’ont pas été pris.
- Le solde de tout compte.
Le salarié peut également percevoir l’ARE (allocation chômage) s’il réunit les conditions d’affiliation, sous réserve des délais de carence habituels.
L’inaptitude d’origine professionnelle : l’indemnité doublée
Lorsque l’inaptitude fait suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle, la loi prévoit des dispositions nettement plus favorables pour le salarié (articles L1226-12 et suivants du Code du travail) :
- Une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l’indemnité légale de licenciement (sauf dispositions conventionnelles encore plus favorables).
- Une indemnité compensatrice de préavis, même si le salarié ne l’exécute pas (art. L1226-12).
- L’indemnité compensatrice de congés payés non pris.
- Une indemnité temporaire d’inaptitude (ITI), versée par l’employeur sans délai de carence à partir du lendemain de la déclaration d’inaptitude et jusqu’au reclassement ou au licenciement (dans la limite d’un mois).
Peut-on contester un licenciement pour inaptitude ?
Oui, sur deux plans distincts : l’avis médical lui-même et la procédure de licenciement.
Contester l’avis d’inaptitude (15 jours)
Vous disposez de 15 jours à compter de la notification de l’avis d’inaptitude pour le contester devant le conseil de prud’hommes. Passé ce délai, l’avis est définitif et ne peut plus être remis en cause. Agissez vite si vous estimez que l’avis est injustifié ou mal motivé. Le conseil de prud’hommes peut consulter un médecin-inspecteur du travail.
Saisir le conseil de prud’hommes
Le licenciement pour inaptitude peut être contesté devant le conseil de prud’hommes si la procédure a été irrégulière ou si l’obligation de reclassement n’a pas été respectée. Dans ces cas, le licenciement peut être requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Plusieurs décisions de la Cour de cassation rendues à l’automne 2025 rappellent que la jurisprudence privilégie l’analyse concrète des situations plutôt que le formalisme pur.
Ainsi, une inaptitude résultant d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité peut être considérée comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse, même si les faits sont anciens.
Consultez un avocat spécialisé en droit du travail dès réception de l’avis d’inaptitude ou de la lettre de licenciement. Les délais de contestation sont très courts et une erreur de timing peut vous priver de tous vos recours.
Que retenir en bref sur le licenciement pour inaptitude ?
Le licenciement pour inaptitude obéit à une procédure strictement encadrée :
- avis du médecin du travail, obligation de reclassement ;
- consultation du CSE ;
- entretien préalable.
Les droits à l’indemnisation varient selon l’origine de l’inaptitude : en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, l’indemnité spéciale est doublée. Les délais sont courts : 15 jours pour contester l’avis, un mois pour l’employeur pour agir. Ne les laissez pas passer.
FAQ – Licenciement pour inaptitude
Voici des réponses aux questions fréquemment posées sur le licenciement pour inaptitude.
L’employeur peut-il refuser de licencier un salarié déclaré inapte ?
Non. En effet, dès lors que l’inaptitude est constatée et que le reclassement est impossible (ou refusé par le salarié), l’employeur est tenu de procéder au licenciement dans le délai d’un mois. S’il ne le fait pas, il doit reprendre le versement du salaire. Laisser la situation sans suite n’est pas une option légale.
Le salarié peut-il refuser le reclassement proposé ?
Oui. Mais les conséquences sur les indemnités dépendent du caractère abusif ou non de ce refus. Si le poste proposé est conforme aux préconisations du médecin du travail et ne modifie pas le contrat de travail, un refus sera considéré comme abusif et le salarié ne perçoit que l’indemnité légale ordinaire.
Le salarié en CDD est-il protégé en cas d’inaptitude ?
Oui, avec des adaptations. Le CDD peut être rompu de manière anticipée en cas d’inaptitude. Alors, le salarié perçoit une indemnité de rupture, dont le montant diffère selon l’origine de l’inaptitude (professionnelle ou non). Les mêmes obligations de reclassement s’appliquent.
L’inaptitude peut-elle résulter d’un burn-out ?
Oui. Lorsqu’il est reconnu comme maladie professionnelle par la CPAM, le burn-out génère une inaptitude d’origine professionnelle ouvrant droit à l’indemnité doublée. Si la CPAM ne le reconnaît pas comme maladie professionnelle, l’inaptitude reste d’origine non professionnelle.
La jurisprudence récente rappelle cependant que si l’inaptitude résulte d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité, on peut juger le licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Le préavis est-il exécuté lors d’un licenciement pour inaptitude ?
Non. En cas d’inaptitude, le salarié n’exécute pas de préavis. En inaptitude d’origine non professionnelle, on n’exécute généralement pas le préavis. Pour une inaptitude d’origine professionnelle, le salarié a droit à une indemnité compensatrice de préavis même s’il ne l’exécute pas.
